Logo apesac
Rechercher

Un nouveau front judiciaire dans l’affaire du valproate : le premier «papa Dépakine» saisit la justice

Le Figaro

Ce médicament antiépileptique, connu pour favoriser des troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant à naître quand il est pris par la mère pendant la grossesse, est également dangereux quand il est pris par le père avant la conception.

Le risque était connu, et il a été confirmé par une vaste étude épidémiologique publiée en novembre dernier : prise par le père dans les mois suivant la conception, le valproate de sodium (Dépakine et génériques) est dangereux pour le fœtus. Le combat devient désormais judiciaire : Jean-Marc Laurent, premier « papa Dépakine » à saisir la justice, a déposé plainte contre X en raison des troubles de sa fille qu’il relie à cet antiépileptique pris avant la grossesse de sa femme.

Le médicament était déjà avéré comme risqué pour le fœtus quand il est pris par la mère durant la grossesse, pouvant entraîner des troubles neurodéveloppementaux chez l’enfant à naître. En 2015, avait éclaté une retentissante affaire concernant ce médicament : le risque était connu du laboratoire et des autorités sanitaires, mais patientes et médecins n’avaient pas été suffisamment informés, a jugé la justice à plusieurs reprises.

La plainte de Jean-Marc Laurent initie un nouveau combat, ceux des pères, chez qui on n’a longtemps que soupçonné les risques liés à la prise du médicament. « Cette première plainte de ce type va engendrer d’autres procédures judiciaires avec des pères concernés », estime auprès de l’AFP Me Charles Joseph-Oudin, avocat historique des victimes de ce médicament, confirmant mercredi une information parue dans le journal Le Monde. « Il s’agira de nouvelles procédures “spin-off”, dérivées des dossiers Dépakine principaux liés aux mères. »

« Ma fille est malade à cause de moi »

La plainte, déposée devant le tribunal judiciaire de Paris et portée notamment par Me Joseph-Oudin, dénonce une « administration de substance nuisible », une « atteinte à l’intégrité de la personne/blessures involontaires », une « mise en danger d’autrui », une « tromperie aggravée » et le « non-signalement d’effet indésirable ».

Ma fille est malade à cause de moi », déclare le plaignant dans Le Monde au sujet de Margot, 17 ans, qui souffre de nombreux troubles neuro-développementaux très handicapants. « Quand j’ai fait éclater le scandale en 2016 au niveau national, j’ai été contactée par des “papas Dépakine” et Jean-Marc Laurent a été un des premiers », retrace pour l’AFP Marine Martin, lanceuse d’alerte historique du dossier et présidente de l’association des victimes de la Dépakine (Apesac, avec son site dédié apesac.org). « J’en ai eu un, puis deux, puis trois, puis une trentaine. Je me suis dit: “Mais ce n’est pas possible, là, encore une fois, c’est trop de malchance pour être honnête” », confie la responsable.

Quand j’ai fait éclater le scandale au niveau national, j’ai été contactée par des “papas Dépakine”. J’en ai eu un, puis deux, puis trois, puis une trentaine. Je me suis dit: “Mais ce n’est pas possible, là, encore une fois, c’est trop de malchance pour être honnête”.

Marine Martin, lanceuse d’alerte historique du dossier et présidente de l’association des victimes de la Dépakine (Apesac)

Me Joseph-Oudin précise que cette première plainte concernant un père « va ensuite en parallèle faire l’objet d’une procédure de référé au civil ». « C’est-à-dire, une mesure dans laquelle le juge doit ordonner une expertise judiciaire, avec des médecins sous le contrôle du juge qui vont s’interroger sur le lien de causalité entre l’exposition par le père et les troubles chez l’enfant », poursuit ce conseil. « D’autres plaintes vont suivre, puisque à mon cabinet, nous avons une vingtaine de familles qui nous ont contactés et pour lesquelles nous sommes en train de constituer des dossiers », prévient Me Joseph-Oudin. « J’ai une centaine de “pères Dépakine” qui m’ont contactée, on va déposer des plaintes au tribunal », ajoute Mme Martin.

Mise à jour de la notice

La responsable avait rendez-vous ce mercredi matin au ministère de la Santé, pour plaider l’ouverture aux « pères Dépakine » du dispositif d’indemnisation amiable à l’Office national d’indemnisation des accidents médicaux (Oniam) accessible aux mères. « Mais quand le ministère apprend qu’il y a un article qui sort dans Le Monde : annulation. Je trouve ça assez inadmissible », tance la présidente de l’Apesac. « C’est regrettable et nous souhaitons que cette réunion puisse être replanifiée », estime Me Joseph-Oudin.

« Nous ne pouvons pas nous prononcer sur des situations individuelles », commente Sanofi auprès de l’AFP. Concernant « un risque potentiel »chez les enfants nés de pères traités par valproate, une « mise à jour du résumé des caractéristiques du produit (RCP) et de la notice patient, ainsi que des mesures additionnelles de réduction des risques, ont déjà été mises en place en France depuis 2024 », ajoute le laboratoire.

Source : Le Figaro

Adhésion & don

Vous souhaitez soutenir l’APESAC ?

Pour adhérer et/ou faire un don à l’association, cliquez sur le bouton ci-dessous.  

 

 

Articles à la une

Dépliant de l'APESAC

miniature depliantV2