Logo apesac
Rechercher

TRIBUNE. Marine Martin sur les dangers du topiramate : « La situation est la même que pour la Dépakine »

Le JDD

Marine Martin, présidente de l’APESAC (Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anticonvulsivant), s’adresse au président de la République et au ministre de la Santé pour les alerter sur le silence de l’Agence du médicament sur les dangers que le topiramate représente pour le fœtus.

Monsieur le président de la République, Monsieur le ministre de la Santé,

Depuis cinq ans, la présidente d’association que je suis – mère épileptique de deux enfants handicapés à la suite de la prise de Dépakine durant ma grossesse – alerte régulièrement les autorités sanitaires. Récemment encore, je leur ai signalé qu’un autre antiépileptique, l’Epitomax (dont la molécule est le topiramate, mis sur le marché à la fin des années 1990), comme la Dépakine, engendre de l’autisme dans 6 % des cas et des déficiences intellectuelles dans 8 % des cas chez les enfants exposés in utero. En 2021 en France, 32 403 femmes en âge de procréer prenaient du topiramate et il y a eu 301 grossesses sous ce médicament.

Le 2 juin 2022, après la sortie d’une étude scandinave publiée dans la revue scientifique JAMA Neurology, j’ai informé l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) : le topiramate est pointé comme extrêmement toxique pour le fœtus. Oups, cela avait échappé à leur vigilance !

Branle-bas de combat à l’ANSM. Des réunions s’ensuivirent, aboutissant à une première communication en juin sur les dangers du médicament. Ma demande de mise en place d’un formulaire d’accord de soins informant les patientes traitées des risques pendant leur grossesse fut enfin accordée.

Mais quatre mois plus tard, quelle surprise de découvrir que dans la communication de l’agence, le 6 octobre 2022, aucune mention n’était faite des malformations ou des troubles autistiques ! L’ANSM n’a donc pas dit le plus important aux patientes.

Au contraire, les neurologues auront un délai de huit mois pour les prévenir : « Ah non, ce n’est pas possible, madame Martin, d’envoyer un SMS aux patientes, leurs données ne sont pas informatisées ! », m’a-ton opposé lors des réunions de concertation organisées avec les parties prenantes. « Le petit centre hospitalier de ­Perpignan est, lui, capable de m’envoyer un SMS pour me rappeler le rendez-vous de mon fils en neurologie, ai-je rétorqué. Pourquoi n’est-ce pas possible pour les neurologues de faire de même avec leurs patientes, à savoir leur proposer un rendez-vous pour réévaluer le traitement ? »

Il a fallu l’obtenir, ce protocole d’accord d’information aux malades ! J’ai dû batailler ferme. On m’a proposé un rendez-vous téléphonique le 12 septembre, pour me maîtriser : « Madame Martin, nous prenons en compte vos considérations mais, vous comprenez, c’est compliqué ! » Pourquoi est-ce toujours si compliqué de dire les choses clairement aux malades ? Pourquoi l’agence n’y arrive-telle que quand on lui force la main ?

Finalement, je me retrouve à faire le travail d’une agence sanitaire pourtant censée informer les malades des risques encourus avec un médicament. Cerise sur le gâteau, l’ANSM nous a demandé, à nous, association, d’assurer le service communication ! C’était à nous de relayer l’information via nos canaux…

Un neurologue a alors interrogé l’agence sur la procédure à suivre pour informer ses patientes enceintes sous Epitomax. Réponse hallucinante de l’ANSM : « Il n’est pas prévu de mettre en place une procédure particulière même si nous pouvons, grâce à ­l’Assurance maladie, identifier l’ensemble des femmes concernées en France. »

Pour moi, nous sommes dans la mise en danger de la vie d’autrui. La situation est exactement la même que dans l’affaire de la Dépakine : les autorités sanitaires savaient que le médicament était dangereux depuis des années mais n’ont pas alerté les patientes par un courrier individualisé. Seuls les prescripteurs en ont reçu un.

On aurait pu espérer de l’ANSM, condamnée par le tribunal administratif de Montreuil dans le dossier Dépakine, épinglée dans le livre d’Anne Jouan La Santé en bande organisée pour son incompétence – de l’affaire du Mediator à Didier Raoult –, une rédemption, un sursaut d’amour-propre ; mais non. Elle est obnubilée par sa survie à tout prix. La seule chose qui la préoccupe : qui parle à l’extérieur ? À l’agence française du médicament, tout doit rester secret !

Monsieur le président, monsieur le ministre, combien faudra-til encore d’enfants handicapés et de scandales sanitaires pour que les autorités prennent enfin les bonnes mesures ?

Source : Le Journal du Dimanche 

Adhésion & don

Vous souhaitez soutenir l’APESAC ?

Pour adhérer et/ou faire un don à l’association, cliquez sur le bouton ci-dessous.  

Articles à la une

Dépliant de l'APESAC

miniature depliantV2