Ouest France
Pendant des années, Christelle Angano, autrice de Douvres-la-Délivrande (Calvados), a pris de la Dépakine pour traiter son épilepsie. Un médicament qui aurait « empoisonné » ses enfants. Après la parution de son livre témoignage, en février 2026, elle veut remettre le sujet sur le devant de la scène.

Épileptique depuis l’enfance, Christelle Angano , autrice de Douvres-la-Délivrande (Calvados), a vécu presque toute sa vie sous Dépakine. Ce traitement a changé ma vie, mais il a aussi empoisonné mes enfants, raconte la quinquagénaire.
Ce médicament à base de valproate de sodium est en effet connu pour les risques qu’il fait courir aux fœtus lorsqu’il est pris pendant la grossesse. Il est notamment suspecté d’être à l’origine de malformations et de troubles neurodéveloppementaux.
En France, entre 16 000 à 30 000 enfants seraient concernés.
Ce scandale sanitaire, Christelle Angano le découvre après avoir entendu le témoignage de Marine Martin, lanceuse d’alerte et fondatrice de l’Apesac (Association d’aide aux parents d’enfants souffrant du syndrome de l’anti-convulsivant). La Douvraise comprend alors que trois de ses enfants pourraient être des « bébés Dépakine » .
« On me dit que c’est le hasard »
L’aîné, le seul pour lequel elle vit une grossesse sans la molécule, est également le seul à ne présenter aucun trouble. Son deuxième enfant, né en juillet 1993, meurt quelques mois plus tard, sans autre explication que la mort subite du nourrisson.
Son troisième enfant, une fille, vient au monde avec une malformation cardiaque. On découvrira quelques années plus tard qu’elle souffre également d’un handicap mental. À ce moment-là, on me dit que c’est le hasard…
En 2002, Christelle donne naissance à un dernier garçon, issu d’une nouvelle union. Le bébé est en parfaite santé. Mais on lui diagnostique, à l’adolescence, une malformation de la mâchoire. Aucun appareil n’y pouvait rien, se souvient la maman.
C’est le déclic : J’ai regardé sur le site de l’Apesac, et ça faisait partie des effets associés à la Dépakine. Je me rends alors compte que mon seul enfant qui n’a rien, c’est celui pour lequel je n’ai pas pris de Dépakine.
« J’ai reçu de nombreux témoignages »
Il aura fallu dix ans à Christelle Angano pour constituer un dossier, récemment déposé devant l’Oniam (Office national d’indemnisation des accidents médicaux), qui a pour mission d’organiser le dispositif d’indemnisation des victimes d’accidents médicaux. Mes enfants méritent d’être reconnus en tant que victimes, estime-t-elle.
Son combat, elle l’a également concrétisé en février, avec la parution de son livre, « Ce n’était pas le hasard ». Un témoignage exempt de colère. Ce n’est pas un livre de vengeance, je l’ai écrit pour prévenir les familles, insiste l’autrice. Mission réussie. J’ai reçu de nombreux témoignages. Mais il y a encore beaucoup de victimes qui s’ignorent. Il faut donc continuer d’en parler. »
D’autant plus que la portée du scandale a récemment pris une nouvelle ampleur. On sait depuis peu que les hommes qui prennent de la Dépakine peuvent faire courir le risque à leur enfant. Un premier papa a porté plainte contre X, en décembre 2025, pour tromperie aggravée et mise en danger.
Source : Tiphaine Le Berre