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« Ça impacte tout le monde ». Durant plusieurs années, Jean-Marc Laurent a pris de la Dépakine, un antiépileptique du groupe pharmaceutique français Sanofi. Père d’une fille nommée Margot, il associe désormais les troubles cognitifs de son enfant à ce traitement et a décidé de porter plainte contre l’entreprise.
« Ça bouleverse toute une vie, ça impacte tout le monde, y compris sa sœur », indique-t-il dans un entretien accordé au Parisien.
« Son cerveau n’envoyait pas l’information »
Durant plusieurs années, Jean-Marc ne fait pas le lien entre la Dépakine et les problèmes de Margot. Née en décembre 2008, sa fille montre rapidement des signes inquiétants durant sa jeunesse.
« Au début, elle était maladroite, elle se cognait. Elle a mis deux ans à faire de la balançoire et à comprendre qu’elle devait avancer les jambes. À quatre ans, si on lui disait ‘saute’, elle se laissait tomber du banc sans se rattraper, son cerveau n’envoyait pas l’information », énumère Jean-Marc Laurent.
Dans un premier temps, des troubles de l’attention, une hyperactivité, des difficultés à s’exprimer, à manipuler, à lire et à compter sont découverts chez Margot, qui suit un enseignement adapté dès le CE1.
« J’ai commencé à m’interroger »
Pour Jean-Marc, la révélation arrive en 2016, lorsqu’il visionne un reportage sur une mère de deux enfants autistes ayant pris de la Dépakine durant sa grossesse.
« J’ai commencé à m’interroger, car je prenais ce médicament antiépileptique depuis 8 ans, lorsque Margot a été conçue », relate au Parisien le père de famille. Une interrogation qui s’accompagne d’un sentiment de culpabilité grandissant.

Le 6 novembre, le lien entre le traitement et l’état de Margot devient limpide pour Jean-Marc. Une étude française faite auprès de 3 millions d’enfants nés entre 2010 et 2015 révèle que l’antiépileptique pris par les hommes trois mois avant la conception augmente de 24% les risques de troubles du neurodéveloppement chez l’enfant. Des résultats qui finissent de convaincre Jean-Marc de porter plainte contre Sanofi.
« Faire redescendre l’information »
Pour Jean-Marc, cette plainte vise aussi à faire connaître les dangers de la Dépakine chez les pères durant la conception d’un enfant. « Si on veut avoir une culpabilité individuelle, il faudra un débat individuel », explique au Parisien Me Charles Joseph-Oudin, son avocat, qui accompagne une dizaine de pères dans le même cas que son client et pour qui il espère élargir le dispositif d’indemnisation prévu pour les mères.
Pour éviter d’autres cas comme celui de Jean-Marc, l’avocat espère aussi que l’étude permettra de « faire redescendre l’information auprès des gynécologues pour que, quand une femme vient avec un projet de grossesse, ils posent des questions sur le papa ».
Contacté par Le Parisien au sujet du cas de Jean-Marc, Sanofi répond qu’il « ne peut pas se prononcer sur des situations individuelles ». Aujourd’hui, Margot vit toujours avec ses handicaps et une santé mentale fragile.
En janvier 2022, le tribunal judiciaire de Paris a estimé que Sanofi avait « commis une faute en manquant à son obligation de vigilance et à son obligation d’information » concernant les risques de son médicament durant la grossesse.