Le Parisien
Jean-Marc Laurent associe les troubles cognitifs de sa fille à la Dépakine, son ancien traitement. Une étude récente confirme que cet antiépileptique peut perturber le neurodéveloppement de l’enfant.
Il se lance sur le terrain judiciaire. Jean-Marc Laurent compte porter plainte contre Sanofi pour les troubles cognitifs dont souffre sa fille et qu’il associe à la Dépakine, un antiépileptique du groupe français, qu’il a avalé par le passé. « Ça bouleverse toute une vie, ça impacte tout le monde, y compris sa sœur », témoigne le père de famille, qui vit à Bordeaux.

Cela faisait neuf ans qu’il vivait avec des « intuitions » concernant l’état de Margot, sa fille née en décembre 2008. « Au début elle était maladroite, elle se cognait. Elle a mis deux ans à faire de la balançoire et comprendre qu’elle devait avancer les jambes. À quatre ans, si on lui disait sauter , elle se laissait tomber du banc sans se rattraper, son cerveau n’envoyait pas l’information », énumère Jean-Marc Laurent.
Les premiers bilans révèlent des troubles de l’attention, une hyperactivité, des difficultés à s’exprimer, à manipuler, à lire, à compter, « des troubles dys qui s’accumulent comme un millefeuille et créent une fatigabilité énorme », explique son père. Dès le CE1, Margot suit un enseignement adapté. La fillette est souvent triste et « ne sait pas faire le tri des émotions », ajoute son père.
Des résultats alarmants
En 2016, ce dernier quitte son poste de journaliste pour l’accompagner « chez l’orthophoniste, la psychomotricienne, l’ergothérapeute, les bilans neuro-psycho », souligne le sexagénaire. Sa prise de conscience émerge cette année-là, en visionnant un reportage sur le combat de Marine Martin, mère de deux enfants autistes, traitée sousDépakinedurant ses grossesses.
« J’ai commencé à m’interroger, car je prenais ce médicament antiépileptique depuis 8 ans, lorsque Margot a été conçue. » Sur la notice de laDépakine, « il n’y avait aucune mise en garde d’effets secondaires en cas de conception », insiste-t-il, rongé « par la culpabilité ».
En 2023, l’ Agence européenne du médicament émet de premiers signaux. Le 6 novembre, une étude française menée auprès de 3 millions d’enfants nés en 2010 et 2015 vient confirmer ses doutes. Elle révèle que l’antiépileptique pris par les hommes trois mois avant la conception augmente de 24 % les risques de troubles du développement neurologique chez l’enfant. « C’est ma », répète le père, amer faute. Conforté par l’étude, il a choisi de porter plainte contre Sanofi , « pour qu’il reconnaisse ses responsabilités ».
« Si on veut avoir une culpabilité individuelle, il faudra un débat individuel », explique Me Charles Joseph-Oudin, son avocat qui accompagne une dizaine de « papas ».Dépakine» et j’espère élargir aux pères le dispositif d’indemnisation prévu pour les mères. Selon lui, l’étude devrait aider à « faire redescendre l’information auprès des gynécologues pour que, lorsqu’une femme vient avec un projet de grossesse, elle pose des questions sur le papa ».
« L’un des rares à s’exprimer publiquement »
Contacté ce vendredi, le groupe français répond qu’il « ne peut pas se prononcer sur des situations individuelles ». « Toute décision concernant le traitement doit être prise dans le cadre d’un dialogue entre le patient et son médecin, en tenant compte du rapport bénéfice-risque individuel », ajoute-t-il simplement.
Margot, 16 ans, vit aujourd’hui « avec un handicap invisible » résumée par sa grande soeur Eloïse. L’adolescente « écrit comme un enfant de 7 ans mais rêverait de faire les Beaux-Arts », confie son père. Sa santé mentale est fragile, elle vient juste de rentrer à la maison après un mois d’hospitalisation.
Jean-Marc Laurent souhaite aussi lever un tabou. « On parle trop peu de santé dans la presse masculine. La petite gueule, le bon rasage, les muscles, ça oui. Dans l’histoire de l’humanité, si l’enfant a des problèmes, on a toujours dit que c’était la faute des femmes. Il faut bien rétablir la vérité » insiste le père de famille, conscient d’être « l’un des rares bonshommes à s’exprimer publiquement. »
Source : Par Klervi Le Cozic