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Jean-Marc Laurent va attaquer l’entreprise pharmaceutique Sanofi, annonce-t-il sur ICI Gironde ce jeudi. Au moment de la conception de sa fille, ce Bordelais prenait de la Dépakine pour soulager des crises d’épilepsie. Une étude établit le lien entre ce médicament et les handicaps des enfants.
Il va déposer une plainte contre le laboratoire Sanofi dans les jours à venir. Ce « papa Dépakine », comme on les appelle désormais, est un des premiers à avoir fait le lien entre la prise de l’anti-épileptique chez les papas et le handicap des enfants. Jean-Marc Laurent habite à Cénac, au sud de Bordeaux, et tous les jours, il se bat pour que les futurs pères ne prennent pas de Dépakine, pour qu’ils sachent que la prise de ce médicament, même plusieurs mois avant de concevoir un bébé, peut générer de lourds handicaps chez les enfants à naitre. Une étude publiée le 6 novembre dernier acte pour la première fois ce lien. Jean-Marc Laurent était sur ICI Gironde ce jeudi.
Cette étude qu’on peut consulter sur le site de l’Assurance maladie confirme l’intime conviction de Jean-Marc Laurent, celle qui le suit depuis qu’il a eu connaissance des liens avérés entre la prise de Dépakine chez les mamans et les handicaps chez les enfants. Il le sait à l’intérieur, ça ne le quitte pas, c’est sûr que c’est pareil pour les papas. Alors il cherche, en continu, il ne s’arrête pas malgré les « ce n’est pas possible » de la communauté médicale. Jusqu’à une première étude il y a deux ans, prudente, mais qui alerte d’un possible risque. Une intime conviction et une culpabilité** d’être responsable du handicap de sa fille multi dys : dylexique oui, mais aussi dyspraxique ou dysgraphique. « J’ai mis deux ans à lui apprendre à faire de la balançoire » avoue-t-il. Aujourd’hui, Margot a 16 ans, et de multiples handicaps invisibles, des troubles du développement du cerveau qui l’empêchent de réfléchir, penser, gérer les émotions comme les autres. Un handicap si prégnant qu’elle est hospitalisée depuis maintenant un mois, « toutes ces fragilités la rendent tellement impuissante qu’elle tombe dans un état de dépression ou de délire ».
Alerter les futurs pères et les médecins
À l’époque, Jean-Marc Laurent avait pris ce médicament pour calmer des crises après un accident cérébral, dû à un parasite attrapé en Afrique, « Je ne suis pas épileptique de naissance et c’est important, rappelle-t-il parce que beaucoup d’études portent sur des épileptiques de naissance. » Aujourd’hui, il ne travaille plus, il se bat pour alerter les futurs pères, et pour qu’il y ait aussi prise de conscience de la part des médecins, parce que « les hommes ne disent pas grand-chose sur les maladies. » Il faut informer les jeunes hommes en âge de concevoir de ne pas prendre ce médicament selon lui et de ne surtout pas faire de don de sperme.
Plainte contre Sanofi
Aujourd’hui, il fait tout pour que sa « plainte sorte le plus vite possible », il est accompagné dans son combat par l’avocat parisien Charles Oudin-Joseph, connu pour avoir accompagné les victimes du Médiator. Comme pour le Médiator, les procédures sont longues : « La difficulté, comme toujours, c’est qu’il faut constituer un dossier médical complet, démontrer qu’effectivement le père a été exposé à la Dépakine, au moment de la conception de l’enfant, et ensuite documenter le dossier de la mère et de l’enfant pour pouvoir montrer la réalité des troubles. Nous allons saisir le juge poursuit l’avocat, pour solliciter la désignation d’experts judiciaires, c’est-à-dire de médecins nommés par le juge qui devront répondre à deux questions : est-ce qu’il y a un lien de causalité entre la prise de Dépakine par le père et les troubles des enfants, et deuxièmement, quantifier et évaluer les dommages de ces enfants, puisqu’on sait aujourd’hui que les troubles neuro-développementaux peuvent être très sévères ».
Charles Oudin-Joseph qui précise qu’on est en train de découvrir que la Dépakine serait également dangereuse pour les secondes générations. Il a fait une demande au ministère de la Santé pour que le dispositif d’indemnisation des enfants nés de mères Dépakine soit aussi ouvert aux papas Dépakine. Il accompagne aujourd’hui une dizaine de « papas Dépakine ».